H. Thabaud de Latouche
Eléments pour une vie


Pierre-Henri de Valenciennes - Campagne romaine - Entre 1786 et 1819 - Musée des Augustins, Toulouse.

Hyacinte-Joseph-Alexandre Thabaud de Latouche (dit Henri de Latouche)

(1785, à La Châtre - 1851, à Châtenay-Malabry) - Écrivain, journaliste.

David d'Angers (1788-1856) - Hyacinthe de Latouche - 1831 - Plâtre - Vie Romantique.

Après des études de droit, H. de Latouche est engagé à la Régie des Droits réunisLa Régie des droits réunis, administration ficale crée en 1804, mais résurgence d'une pratique d'Ancien Régime, supprimée par la Révolution en 1791, de la taxation indirecte des produits (boissons, voitures publiques, or, argent, navigation, octroi, sels, tabacs...). Il consacre ses loisirs à la littérature, envisageant d'en faire sa carrière.

Au début des années 1810, il obtient des ses employeurs une mission en Italie où il passera quelques années, parmi les plus enthousiasmantes et marquantes de toute sa vie.

Le journaliste, l’auteur

Auteur de théâtre (de courts textes souvent, des moralités, des proverbes), de poèmes, de nouvelles, de traductions (de Schiller, de Bürger, de Goethe, avec Le Roi des Aulnes) ou d’adaptations (d’Hoffmann par exemple), romancier (Fragoletta, Carlo et Bertinazzi, entre autres titres), critique d’art, s’il est encore un peu connu aujourd’hui c’est, comme journaliste, pour avoir couvert la célèbre affaire Fualdès, en 1817, en inventant en quelque sorte le reportage judiciaire (tout en étant exact dans son récit, il montre l’intérêt des débats, et fait part de ce qui n’est pas dit, de ce qui tient de l’atmosphère ou des réactions, du ton, des attitudes).

Le révélateur

On le cite et le connait encore aussi aujourd'hui comme éditeur des œuvres d’André Chénier, en 1819, un ouvrage qui exercera immédiatement une très grande influence sur la jeunesse de ce temps.

C'est ainsi qu'il sera, homme de l’ombre, amoureux du talent d’autres et leur révélateur. Portant Vigny aux nues, il aida aux débuts de Balzac, guida George Sand, vanta le jeune Thiers, publia Auguste Barbier, rendit hommage à Stendhal, défendit Musset et Gauthier dans leur qualité de poètes, il goûta les poésies, aida, et encouragea Marceline Desbordes-Valmore.

Révélateur, il l’est aussi de légendes qui vont nourrir le romantisme, car c’est lui qui, dans les premiers, introduisit en France, dès 1818, dans La vallée aux Loups, les motifs notamment fantastiques qui serviront si souvent au mouvement romantique, ou l’atmosphère moyenâgeuse, les monastères gothiques, les âmes en peine, le macabre, etc., avec ses nouvelles compilant les légendes écossaises ou allemandes, dans des lectures qui fit les bons moments de la société choisie qui se réunissait, par exemple chez Sophie Gay.

L’auteur de la « camaraderie littéraire »

Dans les années 1820 existe une hostilité entre les membres du groupe du Mercure du dix-neuvième siècle (journal créé en avril 1823, par Latouche, Senancour...), partisans d’une littérature nouvelle, mais animés en même temps d’un esprit politiquement libéral, c’est-à-dire républicain, et le groupe de La Muse française (journal crée en juillet 1823, par Émile Deschamps, Victor Hugo...), eux aussi partisans d’un renouveau en littérature, mais ne voyant que par la poésie, ultra-monarchistes et chrétiens d'autre part.

Hyacinthe de Latouche va soutenir cette hostilité entre les deux groupes et reprochera, tout spécialement, les coteries littéraires, l’arrivisme forcenés de quelques-uns, le souci de l'intérêt personnel et mercantile, la disparition de l’idéal en quelque sorte, dans un article devenu fameux, « La camaraderie littéraire »Paru dans La Revue de Paris en octobre 1829.. Cet article arrivant au moment de la « bataille d’Hernani », les écrivains autour de Victor Hugo, et Victor Hugo lui-même, prirent cela pour une trahison et Latouche devint l’homme le plus haï du petit monde littéraire. Gustave Planche, deux ans plus tard, en 1831, donna comme un coup de grâce à Latouche, par un articleParu dans La Revue des deux mondes, alors nouvellement crée. qu’il intitula « Haine littéraire », article dans lequel H. de Latouche, jamais nommé, y est soupçonné d’avoir paraphrasé, démarqué certains auteurs, et y est surtout accusé d’avoir voulu salir et gâter la jeune littérature. Autant dire que Latouche, journaliste, n’avait pas bonne presse auprès du monde littéraire de l’époque.

Le républicain

Entre royalistes, romantiques en littérature, et libéraux, classiques esthétiquement, H. de Latouche se présente comme le « romantique républicain »Frédéric Ségu lui consacra en 1931 une biographie qu'il intitula, Un romantique républicain, H. de Latouche, Paris, Société d’édition « Les Belles Lettres »., qui a mis en accord ses idées et ses volontés esthétiques, et qui en cela s’est révélé beaucoup plus rapide qu’un Victor Hugo, par exemple, à développer et soutenir des idées démocratiques et humanistes. Dès 1815, H. de Latouche se jette dans l’opposition la plus claire. Alors débutant journaliste, avec un respect de façade, il développe, dans Le Constitutionnel notamment, ses idées d’opposition à l’égard du principe d’autorité monarchique, comme à l’esprit de vengeance inhérent aux Bourbons à cette époque, avec l’espoir d’un monde ayant rejeté l’oppression, en Europe comme dans les colonies. De même en 1830, alors que, dans un premier temps, il s’était rallié, comme beaucoup, à ce qu’il croyait être « la meilleure des Républiques », il passa rapidement, notamment par le biais des colonnes du Figaro (dont il avait acheté une part), à l’opposition la plus vive. D’aucuns on dit que la détestation tenace dont il était l’objet de la part de beaucoup venait assez probablement de cet engagement républicain qu’il avait et qu’on lui reprochait sans le dire.

Et Marceline Desbordes-Valmore

Le biographe de Marceline Desbordes-Valmore, Francis Ambrière, situe leur rencontre en 1819, certainement dans l'atelier de Constant Desbordes, et leur histoire d'amour, brève, jusqu'au départ de Marceline Valmore pour Lyon en 1821. A bien des égards elle pensa à lui et l'aima tout au long de sa vie, comme en témoigne une lettre intéressante qu'elle écrivit au moment du décès de H. de Latouche, en 1851, lettre portrait d'un homme idéaliste, intègre, mais mélancolique, malheureux de la vie, un homme qu'elle dépeint bien meilleur et généreux et complexe que son image sociale.