Un portrait de MDV par sa correspondance


arceline Desbordes-Valmore, née en 1786, à Douai, vivra, dès le milieu des années 1790, un bouleversement de son histoire : son pèreAntoine-Félix Desbordes (1751, à Douai - 1817.) va perdre son travail, sa mèreMarie-Catherine-Josèphe Desbordes (1758 à Douai - 1802, à Pointe-à-Pitre.) quitter le domicile, suivre son amant, avec la seule Marceline, et, après quelques années d'errance, sans beaucoup d'argent, avec sa mère, égarées toutes les deux aux Antilles (à la recherche d'un parent qui pourrait, peut-être, leur venir en aide dans leur pauvreté,) Marceline Desbordes, âgée d'une quinzaine d'années, sera présente, en 1802, à la Guadeloupe, au moment de la révolte, menée notamment par Louis Delgrès, contre le pouvoir de Bonaparte décidé à remettre en cause, militairement, la loi d'abolition de l'esclavage. Pour comble de terreur et de désarroi, au cœur de cette révolte, Marceline Desbordes voit sa mère mourir, en quelques jours, d'une fièvre jaune, en mai 1802.
Révolte de Lyon, 1834.
A partir de là, dans le mouvement d'un siècle de révoltes, c'est sa correspondance (couvrant la période 1810-1860) qui va nous apprendre que, par exemple, c'est à Lyon qu'elle assiste, heureuse du bonheur populaire, aux Journées de Juillet, en 1830 (unanimité d'un peuple, de la classe ouvrière à la bourgeoisie, contre des ordonnances par trop régressives d'un roi réactionnaire), dans une société qui se développe industriellement, mais qui voit, dans le même temps, se creuser l’écart entre les classes sociales ; et les pauvres se soulever parfois. C'est ainsi que, toujours à Lyon, elle va assister aux deux révoltes, dites des canuts, en 1831 et en 1834. Puis, à Paris, des troubles au mois de mai 1839, des crieurs de rues, annonçant des nouvelles, le choc des événements de 1848, de nouvelles batailles de rues en 49, des bruits de guerre souvent, le coup d’État de 1851... Tandis qu'elle même saura souvent, dans son quotidien même, les incertitudes de l'existence sociale, son mari sans emploi, par exemple, jusqu'à plusieurs années dans les années 1850.
C'est ainsi toute une période mouvementée qui résonne en échos, proches ou lointains, dans cette correspondance. Et, sans être, politiquement, engagée, on comprend que l'aiguillon de la conscience, notamment politique, de Marceline Valmore, sera la sensibilité qu'elle a, à la douleur, à la liberté et au bonheur d'autrui. C'est ainsi qu'elle ne manque pas, à l'occasion, d'être témoin de son temps auprès de ses proches, parents, amies, comme auprès des autres destinataires de ses lettres, nombreux, où l'on rencontre notamment des écrivains, des comédiens, des artistes.
 

A l'écoute des autres comme des siens

A côté de l'image, tout à fait juste sans doute, de quelqu'un de réservée, souffrant d'une éducation abandonnée trop tôt certainement, et doutant d'elle-même à cause de cela, d'une dame éprouvée et malmenée par la vie, la séparation de ses parents, la mort précoce de sa mère, les décès successifs de ses enfants, des ennuis d’argent, fréquents, une santé assez fragile aussi, semble-t-il, à côté d'une vie comme nécessairement repliée sur elle-même, dans une forme de solitude, vivant « dans une armoire », comme elle le dit elle-même et dans une forme de tristesse, parce que « la nature l'a composée dans un moment de mélancolie », ses lettres laissent néanmoins apparaître aussi l'image d'une femme décidée et active.

Et ce dynamisme est, avant tout, pour Marceline Desbordes-Valmore, mouvement dans le cercle du foyer, puis plus largement à ses proches, à son père, à son oncleConstant Desbordes (1761, à Douai - 1828, à Paris), mais aussi à son frère, FélixFélix Desbordes (1782, à Douai - 1851, à Douai.), à ses sœurs, EugénieEugénie Drapier (1780, à Douai - 1850, à Rouen.) et CécileCécile Desbordes (1777, à Douai - 1854, à Rouen.), et leurs familles. On la voit s'intéresser réellement à toute sa famille, encourager son frère à ne pas perdre patience dans sa pauvreté, lui envoyer, régulièrement, l'argent qu'elle peut, ou on la voit, plus simplement, souhaiter le bonheur de voir HippolyteHippolyte Valmore (1820, à Paris - 1892, à Paris.), OndineOndine Langlais (1821, à Lyon - 1853, à Passy.), InèsInès Valmore (1825, à Bordeaux - 1846, à Paris.), ses enfants, sans soucis, recevoir la meilleure éducation, et les soutenir, ou rêver le rêve d'une vie auprès de son mari, ProsperProsper Valmore (1793, à Rouen - 1881, à Clamart.), dans une campagne presqu'imaginaire, comme pour le détourner de ses tracas, comme un espoir.

Mais, s'intéresser au cercle des proches, c'est aussi s'ouvrir à d'autres cercles : essayer de placer son mari, éviter le service militaire à son fils, organiser une vie digne pour son frère, c'est aller frapper à toutes les portes et à cet égard elle ne ménage pas ses efforts, demande une audience à un ministre, un entretien avec un général, un rendez-vous avec un régisseur de théâtre…

Or ce mouvement vers des cercles extérieurs n'a pas toujours les proches pour moteurs, loin s'en faut, et son dynamisme apparaît alors comme l'envie de créer de la vie tout simplement, de nourrir des liens amicaux importants et intéressants avec d'autres, de participer à la vie de son époque aussi, d'en être éventuellement, dans sa correspondance, la porte-parole, des joies, des misères aussi, le témoin, puis apporter son aide, surtout, au « Moi, en dehors », soulager des douleurs, soutenir un talent, comprendre par l'amitié. On a, par exemple, le témoignage épistolaire de cette aide qu'elle apporta, en 1840, à un jeune bagnard, Émile Magniaudé, intervenant pour le changer de prison, puis servant de médiatrice entre lui et ses parents ; ou encore de ce soutien qu'elle apporta, en 1845, à Louise Crombach, alors condamnée pour, en tant qu'inspectrice de prison à Saint-Lazare, avoir aidé une prisonnière à s'échapper.

Douai, Lyon, Paris...

Louis-Léopold Boilly (1761-1845), Arrivée d'une diligence aux Messageries de Paris, 1803, Louvre.

Au gré des engagements théâtraux, d'elle-même, de son mari, elle résida à Lyon, Bordeaux, Paris... beaucoup de voyages d'une ville à l'autre, et c'est, à chaque fois, un cercle de connaissances nouvelles, écrivains, éditeurs, hommes de théâtres...

Bordeaux, Rouen, Lyon...

C'est Jean-Baptiste GergerèsJean-Baptiste Gergerès (1791, à Cenon-la Bastide, Gironde - 1869, à Bordeaux.), magistrat, ou Constance Nairac, femme du monde, à Bordeaux, ville où elle résida quatre ans dans les années 1820. Ce sont les membres de sa famille, ses sœurs, leurs enfants, à Rouen. Ou c'est, à Lyon, Léon BoitelLéon Boitel (1806, à Rive-de-Gier, Rhône - 1855, à Rive-de Gier.), éditeur et journaliste, Antoine BerjonAntoine Berjon (1754, à Saint-Pierre-de-Vaise, Rhône - 1843.), peintre, Antoine-Gabriel JarsAntoine-Gabriel Jars (1774, à Lyon - 1857, à Paris.), représentant du peuple, Lyon, où elle résida près de dix ans en tout, ville dont elle évoque très souvent le climat comme lui étant défavorable, mais à laquelle elle sait être très attachée par des liens d'amitiés, nombreuses. Ou c'est, par exemple, Eugène OrdinaireEugène Ordinaire (1764, à Besançon - 1842, à Bruxelles.), comédien, ou Félix DelhasseFélix-Joseph Delhasse (1809, à Spa - Après 1898.), journaliste, à Bruxelles. Et des lettres souvent qui s'échangent, par la suite, lorsqu'elle quitte les villes en question, une correspondance qui s'étend parfois sur des dizaines d'années. Comme avec Frédéric LepeytreFrédéric Lepeytre (1801, à Villefranche-sur-Conflant - 1884, à Marseille.), qu'elle ne vit presque jamais, de Marseille, où elle n'alla jamais, mais un ami avec qui elle échangea au moins deux cents lettres à partir des années 1830.

Adrien Dauzats (1804-1868) - Vue de Lyon - Vers 1839 - Bibliothèque, Lyon. Louis Garneray (1783-1857) - Vue de Bordeaux - Musée d'Aquitaine, Bordeaux. Richard Parkes Bonington (1802-1828) - Vue de Rouen - 1825 - Wallace collection.
Vues de Lyon, Bordeaux, Rouen.

Paris

Elle ne quitta presque pas Paris à partir de la fin des années 1830, et, là encore, outre des liens avec de très proches amies (comme Caroline BranchuCaroline Branchu (1778, à Saint Domingue - 1850, à Passy.), cantatrice, ou Pauline DuchambgePauline Duchambge, (1778, à La Martinique - 1858, à Paris.), compositrice de romances), elle est en relation, plus ou moins importante évidemment, avec plusieurs milieux : des écrivains, mais aussi des femmes ou des hommes de théâtre ; des éditeurs de ses écrits, comme Gervais CharpentierGervais-Hélène Charpentier (1805, à Paris - 1871.), ou Dumont, ou Ladvocat ; des politiciens, comme Nicolas Martin du nord ; des femmes du monde, telles Juliette Récamier, Marie d'Agoult ou Mélanie Waldor; des médecins, comme Jean-Louis AlibertJean-Louis Alibert (1766 ou 68, à Villefranche-de Rouergue - 1837, à Paris.), Auguste Veyne, ou François-Vincent Raspail.

Femme estimée, femme respectée, on la sollicite par ailleurs beaucoup, et sa correspondance porte la trace des nombreuses visites qu'elle reçoit pour diverses raisons, des demandes d'aide probablement surtout, comme elle le mentionne dans une lettre à sa fille, Ondine, en juillet 1851 : « J'ai eu avant-hier et hier 28 visites accablantes (…), et des lettres demandant sans nombre pour là et là. », des visites et des lettres qui évidemment élargissent le cercle de ses relations.

Douai

Paris, Lyon, Bordeaux… c'est à Douai cependant, sa ville natale, qu'elle pensa très souvent, comme à un endroit qui ne serait sur aucune carte, que personnelle et privée, Douai qu'elle quitta rapidement, très jeune, où elle ne retournera pas très souvent, ville à laquelle elle resta liée par de précieux souvenirs pourtant, une nostalgie du « sol natal », mais aussi par un certain nombre de relations : son frère, Félix, ou la famille Saudeur, ou M. DuthillœulHippolyte-Romain Duthilloeul (1778 - 1862.), le bibliothécaire de la ville, avec qui elle entretint l'une de ses plus vastes correspondances, plus de deux cents lettres sur plus de trente ans.

Des écrivains

Marceline Desbordes-Valmore, sans même appartenir à quelque cercle littéraire, a, dans ses relations, des auteurs, romanciers, dramaturges, des poètes évidemment... C'est ainsi que quelques écrivains de renom apparaissent de temps en temps, de loin en loin, dans sa correspondance, marquant l'estime qu'ils portent, à elle comme à son travail : c’est Victor Hugo, Jules Michelet, Victor Cousin, George Sand, par exemple ; on sait qu’elle rencontra Chateaubriand chez Mme Récamier et qu’elle écouta lire quelques pages des Mémoires d’Outre-tombe. Par ailleurs, pour certains autres auteurs, pourrions-nous même parler d’une sympathie un peu nourrie de part et d’autre : c’est peut-être le cas avec Alexandre Dumas, Balzac, Louise Colet, Charles-Augustin Sainte-BeuveCharles-Augustin Sainte-Beuve (1804, à Boulogne-sur-mer - 1869, à Paris.).

On rencontre dans sa correspondance d’autres auteurs de son temps, beaucoup moins renommés, mais qui eurent leur importance à cette époque, notamment des femmes : Mélanie WaldorMélanie Waldor (1796, à Nantes - 1871, à Paris.), Eugénie Niboyet, Marie d’Agoult, par exemple ; mais des hommes aussi : Jacques AragoJacques Arago (1790, à Estagel, Pyrénées orientales - 1854, à Rio de Janeiro.), Émile Souvestre, Lucien Prévost-Paradol, entre autres. Evidemment, on sait aussi sa relation, amoureuse, relation brève dans les années 1820, mais à laquelle elle songea tout le long de sa vie, avec Henri de LatoucheHyacinthe Thabaud de Latouche (1785 - 1851, à Aulnay.), journaliste et romancier. Dans ces mêmes années 1820, elle écrivit aussi assez souvent à Sophie GaySophie Gay (1776 - 1852, à Paris.), romancière. Lien intéressant aussi avec Auguste BrizeuxAuguste Brizeux (1803, à Lorient - 1858, à Montpellier.), poète, que Marceline Desbordes-Valmore semble comprendre dans sa détresse à lui, et même vouloir protéger, sinon des autres du moins de lui-même.

De jeunes écrivains enfin lui accordèrent leur confiance, et lui envoyèrent leurs travaux, comme à un écrivain célèbre : des noms certes quasiment oubliés aujourd’hui, tels que Louise Crombach, Alfred de Forges, Elisa Mercœur, entre autres.

Si, au-delà, il serait intéressant d'interroger les goûts littéraires de Marceline Valmore, on s'aperçoit que, par le seul jeu de ses relations, elle avait l'occasion d'avoir un panorama assez large déjà de ce qui s’écrivait à ce moment-là, entre les années 1820 et 1850.

Des comédiens

Elle exercera le métier d’actrice pendant plus de vingt ans, jusqu'en 1823, mais restera liée à ce milieu jusque dans le courant des années 1840. Lancée dès son plus jeune âge sur la scène, elle ne commencera à l'exercer comme son métier qu’en 1802, à son retour de la Guadeloupe. Et l’on pourrait reconstituer au moins une partie de la liste des pièces dans lesquelles elle joua, notamment à Paris, Bruxelles ou Lyon. Et si elle joua des pièces classiques, de Racine, Molière, Shakespeare, elle interpréta semble-t-il plus souvent des textes du XVIIIe siècle, comme La nouvelle épreuve de l’amitié de Marivaux, Nanine ou la préjugé vaincu de Voltaire, mais elle interpréta aussi des textes plus directement contemporains, de l’époque de la Révolution ou de l’Empire, de Jean-Nicolas Bouilly, ou de Kotzebue, par exemple.

On sait d'autre part, qu'elle accompagnait son jeu de chants, comme c'était alors la coutume pour un acteur de théâtre, et c'est là que s’insère le soutien, probablement précieux, au tout début de sa carrière, dans les années 1800, du compositeur André-Modeste GrétryAndré-Modeste Grétry (1741 - 1813.), tombé dans un incroyable oubli après une si grande célébrité de son époque, maître en son temps d'une musique joyeuse, Grétry dont Marceline Desbordes a été une des interprètes d’ailleurs, de Lisbeth et du Tableau parlant ; mais peu certaine elle-même de sa voix, elle renonça, assez rapidement, semble-t-il, au chant.

Milieu théâtral également, son mari, Prosper Valmore, fut lui aussi acteur, des années 1810, pris alors sous l’aile de Mlle Raucourt, célèbre actrice du Théâtre Français de la fin du XVIIIe siècle, jusqu’au milieu des années 1840, et il serait évidemment intéressant de prendre en considération ce que lui-même joua.

Milieu théâtral toujours, l'une de ses amies, dans les années 1830 et 1840, Mlle MarsAnne-Françoise-Hippolyte Salvetat (1779 - 1847.), a été l'actrice très célèbre des quarante premières années du XIXe siècle, aux côtés certainement de Marie Dorval, de Mlle George ou de Mlle Duchesnois, trois actrices que Marceline Valmore rencontra également.

Même s’il n’apparaît pas dans sa correspondance qu’elle allait très souvent au spectacle, comme spectatrice, c’est une personne très au courant de l’art théâtral de son époque en somme, et lire sa correspondance, notamment les lettres à son mari, c'est presque apprendre à connaître de l’intérieur le milieu théâtralMichelle Perrot, dans George Sand à Nohant, paru aux éditions du Seuil en 2018, le dit de la même manière de la correspondance entre George Sand et Bocage, acteur, notamment des débuts du romantisme, et directeur de théâtre, par ailleurs ami, un temps, avec les Valmore., des années 1820 à 1850 surtout, à Lyon, Paris, Bruxelles... : des acteurs, renommés ou pas, des amis du couple, des passionnés de théâtre, comme Florestan Grimaldi, des directeurs de théâtres, comme François-Antoine Harel, notamment directeur du Théâtre de la Porte Saint-Martin, des responsables politiques en charge des Beaux-arts, dont relevait alors le théâtre, comme Auguste Cavé ou le baron Taylor, et puis, la fin des saisons, les banqueroutes des théâtres, les pièces à succès...

Des artistes

Si à travers sa correspondance on s'aperçoit d'un lien, ténu peut-être, mais d'un lien tout de même entre Marceline Valmore et les artistes peintres, dessinateurs, graveurs, illustrateurs (certains seront de ses relations, d'autres vont peindre son portrait...), on remarque surtout que de nombreuses personnes de son entourage immédiat entretiennent un lien, déterminant dans certains cas, avec les arts visuels.

Alexandre-Evariste Fragonard (1780-1850), Visite dans l'atelier, Détail, Musée Magnin, Dijon.

Marceline Desbordes sera proche de l'un de ses oncles, Constant Desbordes, jusqu'à son décès à lui, en 1828. Il est peintre, et elle le visitera souvent dans son atelier, notamment dans les années 1810 ; peut-être aura-t-elle croisé certains de ses illustres collègues, Gérard ou Girodet, pour lesquels son oncle aurait travaillé, peintres renommés dont elle entendra au moins parler, et en tout cas des apprentis, des étudiants, des assistants, des amis peintres de son oncle. Elle extraira de cette expérience, un roman, L'atelier d'un peintre, en 1833.

Mais, il y aura aussi l'un de ses cousins, Théophile-François-Marcel BraThéophile-François-Marcel Bra (1797, à Douai - 1863.), statuaire, qu'elle ne rencontrera, selon tout vraisemblance, qu'un peu après 1820, par Balzac. Elle le fréquentera dans les années 1820 et 30, mais le caractère fantasque, étrange et sombre de ce cousin déterminera Marceline Desbordes à finalement s'en éloigner.

Antoine Berjon (1754-1843) - Roses et lis - 1814 - Louvre

D'autres peintres, de ses amis, apparaissent dans sa correspondance. C'est Hilaire LedruHilaire Ledru (1769, à Oppy - 1840, à Paris.) (originaire des environs de Douai, il est peintre de genre et de portraits), Antoine Berjon (il travaillera notamment pour les soieries de Lyon), Jacques Arago (écrivain, journaliste, voyageur, il rapporta des dessins quasi ethnologiques des îles Hawaï), Isidore Péan du PavillonIsidore Péan du pavillon (1790, à Nantes - 1856.) (peintre de portraits), Henry MonnierHenry-Bonaventure Monnier (1799, à Paris - 1877, à Paris.) (illustrateur, caricaturiste, mais aussi dramaturge et acteur, Marceline Valmore le connaîtrait peut-être par l'entremise de Victor Augier), François-Auguste BiardFrançois-Auguste Biard (1798, à Lyon - 1882.) (le couple Valmore le connaîtrait, peut-être, depuis les années 1820, de Lyon, d'où Biard est originaire), Eugénie Tripier-LefrancEugénie Tripier-Lefranc (1805-1872.) (elle est peintre de portraits, par ailleurs nièce d'Elisabeth Vigée-Lebrun), Charles de Châtillon (que MDV connait peut-être par l'épouse de Lucien Bonaparte, Alexandrine de Bleschamps, Lucien Bonaparte dont il était le secrétaire, et un ami dévoué, semble-t-il, et qu'il suivit en exil). Et puis... certains artistes feront son portrait (David d'Angers, Michel-Martin Drolling, Pierre Revoil...), d'autres encore se retrouvent, épisodiquement, parmi les destinataires de ses lettres (Eugène Fromentin, Louis-Ambroise Garneray...), certains donneront des illustrations pour ses ouvrages...

Dans ce contexte, Marceline Valmore va estimer cette étude comme nécessaire à l'éducation, et elle fera suivre des cours de dessin à ses enfants. Ondine Valmore suivra, en 1839 au moins, les cours d'Hortense Haudebourt-LescotHortense Haudebourt-Lescot (1784, à Paris - 1845, à Paris.), une des rares femmes peintres reconnues de cette époque. Hippolyte Valmore, quant à lui, qui avait suivi, déjà, au cours des années 1830, des cours à Rouen, auprès d'Eustache-Hyacinthe LangloisEustache-Hyacinthe Langlois (1777, à Pont-de-l'Arche - 1837, à Rouen.), puis à Grenoble (auprès de Victor SappeyPierre-Victor Sappey (1801, à Grenoble - 1856, à Grenoble.) ?), songera par la suite, à devenir peintre lui-même. A Paris, suivant des cours chez M. Renou (s'agirait-il de Charles-Caïus Renoux ?), il approcha d'abord l'atelier de Paul Delaroche, et il resta quelques mois dans le sillage de ce peintre, à copier des œuvres, des tableaux de Zurbaran, par exemple, au Louvre. Puis, soit qu'il ne réussit pas à intégrer réellement ce cours, soit que l'on voyait comme certain le départ prochain de Delaroche pour Rome où il devait prendre la direction de la Villa MédicisEn réalité Paul Delaroche ne sera pas nommé directeur, ce sera Victor Schnetz qui succédera à Ingres en 1840., l'on songea pour Hippolyte Valmore à l'atelier de David d'AngersPierre-Jean David (1788, à Angers - 1856.), ou, sur les conseils de Marie d'Agoult, à celui d'IngresSelon Anne Martin-Fugier, dans La vie d'artiste au XIXe siècle (Fayard, 2012), ces trois ateliers, ceux de Delaroche, Ingres et David d'Angers étaient parmi les quatre ou cinq ateliers de Paris les plus renommés et courus de cette époque.. Au bout du compte, on le retrouve, dans le courant de l'année 1840, dans l'atelier d'Eugène DelacroixEugène Delacroix (1798, à Charenton-Saint Maurice - 1863, à Paris), dans lequel il restera cinq ans (fréquenta-t-il simultanément une académie, comme l'Académie Suisse ?), dans les mêmes années que Maurice Sand, dont il est d'ailleurs un peu question dans la correspondance, comme d'une relation amicale d'Hippolyte Valmore ; puis il ne poursuivra pas.

Son mari lui-même, Prosper, se passionnera également pour l'image, notamment à travers son goût pour l'histoire du costume de théâtre (à une époque où les acteurs s'occupaient seuls de leurs propres costumes), à la suite du célèbre acteur Talma, et, à une époque où tout un chacun aimait à collectionner, il réalisera des albums réunissant des dessins (qu'il aurait réalisés lui-même ?) sur ce sujet. Il aimera beaucoup d'ailleurs ce milieu d'artistes et d'ateliers, et aura parmi ses amis et connaissances des peintres et des dessinateurs, notamment à Lyon, comme Claude Bonnefonds ou Antoine Guindrand, par exemple, deux peintres dont il est question, à l'occasion, dans la correspondance de MDV.

Le temps d'une vie

De lettre en lettre, quand le sentiment est partout présent, l'amitié, la tendresse, l'attention comme l'intérêt accordés aux autres, la délicatesse, la sincérité. De lettre en lettre, à ses nombreux amis, à sa famille ou à de simples connaissances, lettres vivantes, pleines de dynamisme, pittoresque portrait d'ailleurs d'une vie mouvementée dans une époque bouleversée comme rarement époque auparavant, vie ouverte aux autres, le temps d'une vie, dans le théâtre, sur les routes, dans les ennuis d'argent, dans la douleur, dans la maladie ou dans la littérature.